Psychanalyse : fauteuil ou divan ?

L’ameublement d’un cabinet de psychanalyste répond souvent à une même logique : un bureau, deux fauteuils se faisant face et un divan. A l’heure de la première séance, la candidat à l’aventure analytique se pose donc toujours les mêmes questions : quelle place choisir pour entamer l’exploration ? Faut-il s’asseoir ou s’allonger ? Attendre les consignes du praticien ou imposer son choix ? Autant d’interrogations qui trouvent leurs réponses dans les textes théoriques et dans ce que vous ressentez dans l’instant.

Pourquoi s’allonge-t-on ?

Pour la petite histoire, Freud racontait qu’il avait inventé le dispositif du divan parce qu’il ne supportait pas l’idée d’être regardé du matin au soir par une série d’yeux perçants, ceux de ses patients ! Plus sérieusement, il expliquait par ailleurs que la position allongée permettait aux « analysés » de se sentir plus libres de dire ce qui leur traversait l’esprit, même les pensées les moins avouables, sans se heurter au regard impénétrable de l’analyste.
Couché, dans un état d’esprit disponible et relâché, par le biais d’un discours moins contrôlé, chacun peut ouvrir une voie directe vers son inconscient.
A l’image du dormeur qui rêve, la position horizontale permet, en effet, aux pensées de tisser entre elles des liens inattendus. Elle favorise donc les associations libres.
« Un individu assis face à son analyste sera toujours attentif au regard qu’on a sur lui, aux mimiques que le thérapeute emploie, explique Martine Sandor Buthaud, psychanalyste à Paris. Allongé, il se retrouve davantage seul avec lui-même, même s’il est en présence de l’autre qui n’intervient que par la voix. Cela lui permet de lâcher le contrôle de son mental et de laisser venir à lui toutes sortes d’images et de fantasmes qui se nouent dans le transfert. Evidemment, cela peut aussi être possible en face à face. Mais sur le divan, l’écran est vide, le champ laissé plus libre au déroulement des processus inconscients… Tout le système projectif peut alors se mettre en scène ».

Quand s’allonge-t-on ?

Certains analystes font commencer l’analyse en position horizontale dès la deuxième séance. D’autres attendent beaucoup plus tard. La transition peut demander du temps, pour le/la candidat(e) au divan comme pour l’analyste : « Si un patient veut absolument s’allonger, je m’interroge forcément. Pourquoi est-il si pressé ? Il faut parfois savoir aller doucement ! Si vous allongez quelqu’un pour qui ça n’est pas forcément indiqué, cela peut mobiliser ses résistances », explique Martine Sandor Buthaud.
Vincent, « dix ans de divan » derrière lui, confie ainsi que sa psy lui a demandé de patienter : « J’avais interrompu une première thérapie au bout de six séances avec quelqu’un d’autre. Ma nouvelle thérapeute voulait donc que je sois sûr de mon désir. Elle m’a fait attendre trois mois avant de m’inviter à m’allonger. Pendant cette période en face à face, je m’allongeais chaque jour un peu plus dans le fauteuil… Enfin, c’est sur le divan que j’ai commencé à aborder mes angoisses les plus intimes ».

S’allonger : une décision pas toujours facile à prendre

Parfois, le divan peut déclencher une réaction de peur chez certains patients. Ils vont voir un analyste pour trouver du réconfort, et voilà qu’il leur faut lui tourner le dos.
Peut-on parler de déstabilisation ? « Plutôt une période de désorientation, poursuit l’analyste parisienne. Pendant un temps, ne faisant plus face qu’à lui-même, le patient se sent un peu perdu. Puis il repère et apprivoise son monde psychique pour se reconstruire et récupérer une forme de liberté à partir de laquelle il peut un peu mieux connaître son histoire et les intrications inconscientes de ses choix ».
Pour Aline, kiné, après cinq ans de thérapie en face à face, le changement de psy, puis le passage au divan, ont été à l’origine d’une petite révolution : « Assise, je m’exprimais beaucoup par des contractions musculaires, des gestes. Mes émotions passaient physiquement, mais il me manquait quelque chose. La première fois que je me suis allongée, je n’ai pas réussi à parler : c’était bien trop dur. Comme si je ne m’étais jamais réellement exprimée… Le simple fait de changer de position a ensuite déclenché un bond en avant dans ma thérapie ».

Comment dès lors savoir quel est le moment le plus opportun pour passer du fauteuil au divan ?

Loin des clichés, le seul moyen de connaître la position qui vous convient le mieux, c’est d’essayer, sans vous sentir prisonnier. Les psychanalystes ne sont pas des tyrans : leur technique s’adapte à chaque patient. « Il ne faut pas sacraliser le divan. On peut aussi faire du travail analytique en face à face », affirme Martine Sandor Buthaud. L’analyste n’est donc pas là pour enfoncer dans sa culpabilité quelqu’un qui a peur du divan, mais au contraire le libérer de ses complexes, et l’aider à tracer son propre chemin, quel qu’il soit.

 

En savoir plus…

A lire :
– La technique psychanalytique, Sigmund Freud, PUF
– Histoire de la psychanalyse en France, Jacquy Chemouni, éd. PUF
– Vocabulaire de la psychanalyse, Jean Laplanche et J.B. Pontalis. éd.PUF
– Cinq leçons sur la psychanalyse, Sigmund Freud, éd. Payot
– Psychanalyse, sous la direction d’Alain de Mijolla et Sophie de Mijolla Mellor, éd.PUF
– Eléments d’introduction à la psychanalyse, Alain Vanier, éd. Nathan
– Histoire de la psychanalyse, Elisabeth Roudinesco. Deux tomes, éd. Fayard